Le philosophe Michel Onfray est de retour, pour notre plus grand plaisir, il faut le dire…

Michel Onfray est de retour. Un retour surprenant puisque, officiellement las des polémiques politiques et politiciennes, il avait annoncé, fin novembre 2015, via l’hebdomadaire Le Point, une « diète médiatique ». Son éditeur, Grasset, ajoutait que ce retrait englobait aussi le produit de sa réflexion philosophique, et notamment ce livre qui résonnait si fort dans l’actualité: « Penser l’islam ». « Son livre paraîtra à l’étranger, précisait alors Grasset, mais l’auteur a pris la décision de surseoir sans date à sa publication en France », initialement programmée pour début janvier.

Nous en étions là de l’absence de Michel Onfray dans le débat public quand soudain, coup de théâtre, l’homme revient. Couverture du Point daté du 10 mars, « Onfray, sa nouvelle charge »; pleine page dans Le Figaro du 14 mars, « Onfray, l’incompris ». Le tout au service de deux livres, et non plus d’un, déjà disponibles dans les librairies. D’une part, le fameux « Penser l’islam », dont le retard de publication finalement n’excède pas celui d’un TGV ordinaire. Et d’autre part, un plus inattendu « Le miroir aux alouettes », collection de poncifs écrits au jour le jour sur la vie en général et la politique en particulier, selon l’idée que l’on peut s’en faire à partir d’extraits disponibles dans la presse.

Ce retour offensif de Michel Onfray s’accompagne d’interviews dont l’immense mérite est de nous faire comprendre et partager son état d’esprit du moment. Des interviews plaisantes à déconstruire car rarement un interviewé en aura dit autant sur lui-même que le philosophe Onfray.

D’abord, cette phrase, brute, dans Le Figaro:

« Je pense dans une époque où l’on ne pense plus. »

Que nous dit exactement, ici, le philosophe? D’abord, son humanité, si l’on veut bien admettre que la différence entre le canard et l’homme, c’est précisément que le premier ne pense pas, là où justement le second cogite. Et donc, Onfray nous dit aussi sa solitude puisqu’il se pense comme seul penseur d’une époque où personne, à part lui, ne pense. D’où, on l’imagine, sa douleur, et probablement son amertume, car nous savons depuis la nuit des temps qu’elles sont l’une et l’autre filles de la solitude.

Evidemment, se proclamer unique penseur des hommes parmi les hommes n’est pas exactement une position modeste. Ce qui renforce son statut de philosophe car jamais on n’a vu un philosophe modeste. La preuve, s’il en fallait une, par BHL, au hasard.

Dans Le Point, Michel Onfray dit ceci:

« Ce que je croyais être la gauche s’est comporté [avec moi] comme une mafia, ne reculant devant rien pour me calomnier, m’insulter, me discréditer, me salir. Des journaux que j’imaginais mus par le sens de la justice et de la vérité, Le Monde ou Libération par exemple, commandaient des articles à charge [contre moi] et mettaient à la poubelle des articles qui me défendaient. »

On comprend, en le lisant, que Michel Onfray se vit entouré d’ennemis, des vrais, des qui veulent sa peau, pas moins. Il en est à ce point convaincu que, selon Le Point, la première phrase de son essai sur l’islam est celle ci:

« Il y a longtemps qu’une grande partie de la presse politiquement correcte a le désir de me faire la peau. »

Donc, le philosophe se vit en situation de grand danger, persuadé que « on » veut sa peau. Pourquoi? Parce qu’il pense le monde bien sûr, mais plus encore parce qu’il est le seul à le faire, comme il le dit si bien lui-même en parlant de lui. Et fatalement, quelqu’un qui pense dans un monde ou personne d’autre ne pense, dérange. Et donc, le reste du monde veut sa peau. Logique et imparable. Imparable logique.

Et d’ailleurs, le fait même d’écrire ceci, ici, semblera hostile au philosophe car dans la situation de danger extrême dans laquelle il se vit, la seule parole qui lui semblera pertinente sera une parole d’admiration pour son œuvre et de compassion pour sa souffrance. Toute autre tonalité ou intention lui paraîtra un acte d’agression, fermant ainsi la boucle d’admiration que le philosophe éprouve pour lui même, ou plus exactement pour son courage, car sa pensée unique est bien évidemment mise au service de l’humanité dont il ne s’interdit de penser qu’un jour elle pensera. Grâce à lui.

« Je persiste à croire, insiste Michel Onfray dans Le Figaro, que le problème aujourd’hui, c’est qu’on ne peut plus penser, il est interdit de penser. » Son éditeur Grasset ne peut qu’acquiescer à cette forte pensée sur l’interdiction de penser, justement au coeur des deux livres qu’il vient d’éditer.

Revenons, pour en finir, à la douleur dans laquelle semble vivre le philosophe. Comment la supporte-t-il? C’est son secret. Comment la surmonte-t-il? Le Figaro nous livre une piste:

« Il assure apprécier plus que mille dîners mondains un repas avec ses amis normands. »

Ici se niche une vérité forte, la clé du bonheur peut-être: des êtres qui ne pensent pas peuvent faire de charmants convives. La ripaille oui, la philosophie non. Michel Onfray est de retour, et d’une certaine manière, il nous manquait.